CONTES NOIRS, THÉ BRÛLANT

d’après Paul Bowles et Sadeq Hedayat

Une création du Théâtre du Loup

Du 12 au 30 octobre 1993, Théâtre de Vidy, Lausanne
Du 24 novembre au 12 décembre 1993, inauguration du Théâtre du Loup

Mise en scène
Eric Jeanmonod

Avec la collaboration des interprètes
Guillaume Arlaud, Nadia Arlaud, François Berthet, Christine Brotons, Bill Holden, Eric Jeanmonod, François Margot, Riana Rakotoarimanana, Rossella Riccaboni, Sandro Rossetti, Ammar Toumi, Claude Vuillemin

Décors et costumes
Eric Jeanmonod
Musique live
Ammar Toumi, Bill Holden, Sandro Rossetti
Lumières
Jean-Philippe Roy
Son
Jean-Pierre Jaussi
Chorégraphie
Rossella Riccaboni
Réalisation des costumes
Mireille Dessingy et Verena Dubach
Assistant décors
Terence Prout, Jean-Pierre Arlaud
Accessoiriste
Nadia Arlaud
Régie lumière
Claude-Marius Durand
Régie son
Jean Faravel
Création des postiches
Johannita Mutter
Chapeaux
Liliane Maret
Construction des banquettes
Atelier Vidy-Lausanne
Tapissier
Fabien Corthésy

Avec la participation des enfants
Alvaro Alarcon, Rachel Bolle, Laura Carvalho, Tamara Fischer, Barnabe L’Evêque, Cornélia Matéus, Tonio Maulini, Mayec Rodriguez

S’il fallait décrire le fil rouge entre les quatre récits à la base de ce spectacle, disons qu’il serait à chercher parmi des couleurs chaudes, dans une trame qui n’exclut ni les gris, ni les noirs, ni les blancs. On y verrait zigzaguer un thème entrelacé de ses variations : la solitude et l’omniprésence de son double. Cet autre que l’on voudrait à notre image mais qui s’échappe du miroir et refuse à jamais de nous ressembler.
C’est la solitude, détachée, de celui qui doute, ou alors la solitude douloureuse de l’homme d’honneur – selon que l’on s’appelle Paul Bowles ou Sadeq Hedyat. C’est le constat tragique, lucide, de l’impossibilité de connaître l’autre. Paradoxalement cela s’accompagne, chez ces deux étrangers dans l’âme, d’une grande tolérance : ils se passionneront toute leur vie pour la (les) culture(s) de l’autre, justement. 
Le Hedayat des années 30, grand connaisseur de littérature traditionnelle persane, étouffe dans le carcan de la bourgeoisie et du clergé iraniens. Il milite pour le progrès social et scientifique, lit et fait découvrir les représentants de la modernité européenne (il traduit Kafka, Sartre…en persan). Il fait plusieurs séjours à Paris, se convertit au bouddhisme. Presque à la même époque, Bowles (son cadet de sept ans), compositeur, mais pas encore écrivain, s’installe au Maroc et s’intéresse aux musiques berbères qu’il enregistre dans des conditions épiques, du nord au sud du pays. Plus tard il y recueillera des récits de conteurs originaux, représentants de la culture orale traditionnelle.
“…C’est toujours le peuple qui m’a intéressé, ce n’était pas les aristocrates ni la bourgeoisie. Parce qu’on trouve ça dans n’importe quel pays. Mais le peuple ici est très différent de celui des autres pays, donc c’est ça qui m’a intéressés.” (Paul Bowles) . Ainsi, dans les profils opposés de ces deux écrivains, à l’image d’une symétrie croisée, nous voyons tout un jeu de résonnances qui nous a incité à les juxtaposer dans ce spectacle.
A travers leur écriture contemporaine, la citation des contes traditionnels du Maghreb ou d’Iran nous invite à évoquer le théâtre des bateleurs de Marrakech, avec tambours, danse et transe, et notre jazz urbain s’accordera au ferraillage des rythmes Gnawis, saluant les mélodies hypnotiques des charmeurs de serpents. 
E. J.

Mejdoub, Paul Bowles, 1974
Dâch Akôl, Sadeq Hedayat, 1932
Les eaux d’Izli, Paul Bowles, 1975
Un épisode lointain, Paul Bowles, 1945

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